Quand planifier devient vital

Publié le 02.04.2026. Mis à jour le 02.04.2026.

Du projet scolaire au Shell Eco-marathon

Par Morgane Riou, étudiante en génie mécanique à la HEIA-FR et ambassadrice du domaine Ingénierie et Architecture

Au début de mes études, le diagramme de Gantt, outil de gestion de projet, était à mes yeux avant tout une formalité, un passage obligé pour rendre un dossier qui avait l’air professionnel, en coloriant des cases la veille du rendu, alors que la réalité se gérait surtout au feeling.

J’utilise cet outil depuis un an et demi, mais tout a basculé en septembre dernier. Je me suis retrouvée propulsée à la gestion d'un projet d'une tout autre envergure : le Shell Eco-marathon, une compétition internationale où des étudiant·es conçoivent et construisent des véhicules ultra économes, dont le but est de parcourir la plus grande distance possible avec une quantité d’énergie minimale.

Ici, nous ne parlons plus directement de théorie : entre la conception technique, la recherche de sponsors et la logistique, le projet est massif et encore très flou par moments. C’est là que le diagramme de Gantt est devenu mon outil principal. En pilotant un défi aussi complexe, le flou peut vite se transformer en panique.

J'ai vite appris que le diagramme Gantt est une arme à double tranchant. C’est un véritable piège si nous essayons de le rendre trop détaillé : à vouloir noter chaque petite vis à serrer, nous finissons par passer plus de temps à mettre à jour notre planning qu'à faire avancer le véhicule. Nous nous perdons dans une forêt de barres de couleur et risquons de perdre de vue l'essentiel.

Pourtant, malgré ce risque, il m'est indispensable car je l'utilise désormais comme une To-Do List géante. Au lieu d'avoir mille idées et problèmes qui flottent dans ma tête de manière désorganisée, je les ancre dans le temps. Voir les tâches s'aligner me permet de vider mon esprit et de savoir exactement ce qui doit être fait maintenant pour ne pas bloquer les futures étapes.

Dans un projet comme le Shell Eco-marathon, où chaque retard sur une pièce mécanique a un effet domino, voir les interdépendances est vital. Je ne colorie plus des cases pour la forme ; je cherche à sécuriser le chemin critique. Mon diagramme est passé du statut de corvée administrative à celui de garde-fou. Il me permet de traduire ce qui est flou en étapes concrètes.

Finalement, l'utilité d'un outil dépend du poids que nous avons sur les épaules. Tant que je n’étais pas responsable d'une machine qui doit prendre la piste, le Gantt restait une abstraction. Aujourd'hui, je ne planifie plus pour la note, mais pour m'assurer que nous serons prêt·es le jour J. C'est sans doute ça, passer de l'étudiante à la gestionnaire de projet : transformer un outil de cours en un outil de survie.

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